Blain Blain Blain
Rémi Checchetto
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Le car numéro 5
Quant au ramassage scolaire il ramasse les scolaires tralala tralalère sans tralala, ramasse les petites têtes blondes qui attendent en gilet jaune devant la maison dès potron-minet ou devant l’école dès que la cloche a ding dong, c’est le car qui ramasse ainsi les petits petit à petit, le car fait vroum, les freins font woin, pschitt font les portes et ça y est les gilets jaunes montent et Bonjour Laurence et clic font les ceintures de sécurité, clic clic clic, puis c’est le vroum du car qui dare dare repart, puis c’est woin, pschitt, Bonjour Laurence, clic clic clic, arrêt école, arrêt collège, arrêt maison, montent, descendent les petits, vroum, woin, pschitt, Au-revoir Laurence et à demain.
Arabesques
Vu de haut, vu du haut de l’oiseau, pigeon ou corbeau, étourneau ou moineau, le jaune car numéro 5 avance en faisant de belles arabesques dans la verte campagne, belle ligne jaune dans le vert, courbes et droites, boucles et bombés et cintrés, fleurs et tiges et cœurs et volutes, beau tracé que l’oiseau voit ou le planeur ou le Paris–New-York ou le bedeau en haut de son clocher, et c’est tout beau aussi quand il neige, jaune arabesque dans tout le blanc, et quand c’est nuit petit matin ou soir que voilà déjà, c’est ligne des phares dans le noir, belle tendre arabesque qui fait le tour des enfants à sac à dos tous les jours que l’école fait, fleurs et tiges et cœurs et volutes.
Les poules
Picoti picota, sont actives les poules, sont pensives aussi les poules, les trois poules du jardin partagé dont on se partage les œufs, pensent aux omelettes et aux mouillettes, aux œufs sur le plat et aux œufs brouillés, et ça les brouille, c’est qu’un œuf ce n’est pas rien du tout un œuf, un œuf c’est bel et bien le fruit de leurs entrailles, zut quoi et merde alors ! c’est un coup mauvais coup à se faire des plumes blanches, c’est un coup à se faire une révolution du poulailler, un bon coup à dire on peut pas être gentilles tout le temps aimer tous les gens, mais comprenez-nous nos œufs sont la prunelle de nos yeux, mais comprenez-nous notre albumine n’est pas pour votre famine.
Les ronds points sur les i
Paysage est à la pluie, paysage est au solstice d’hiver, paysage est aux hommes aussi, et les hommes ont des gilets jaunes, de ce fluorescent qui espère que le monde les voit, les remarque encore, c’est aux ronds-points qu’ils sont, ce n’est pas rien un rond-point, un rond-point cela tourne dans le sens contraire des aiguilles de la montre, machine à remonter le temps, on aimerait bien, on remettrait les doigts des deux pieds en éventail dans le sable de la plage et ce serait à nouveau le solstice d’été, on irait à nouveau à l’école communale et on tirerait la langue à mettre de jolis points sur les i, on remonterait jusqu’au Front populaire et marche en avant ! et progrès ! progrès !
Jardin partagé
C’est parfois ainsi, le monde, alors que nous sommes en faiblesse des genoux, met cinq, six louches de la terre de sa terre dans notre bouche, ne nous reste alors que nos yeux, que nos oreilles, afin de tenter de voir encore, d’entendre encore ce que nous nous récitons d’ancien et qui nous fera courte échelle pour pouvoir sortir du trou noir, cependant un oiseau passe qui nous met une plume dans la gorge, délicieuse aubaine qui nous fait tousser cracher la terre en notre gorge, et la terre alors est là pour les salades et les betteraves, pour les épinards gros biscotos et les carottes bonne mine et fesses roses à ne plus se prendre des coups de pieds au cul.
Voiture bouleaux boulot dodo
Voiture boulot dodo, ici c’est voiture boulot dodo, ou plutôt ici c’est voiture bouleaux boulot dodo, ou plus exactement ici c’est voiture bouleaux boulot bouleaux dodo, voiture bouleaux de la quatre voies boulot au boulot bouleaux de la quatre voies dodo, c’est comme ça, c’est ainsi, c’est comme ça et ainsi les jours où c’est qu’on va bosser, les autres jours on est avec son destin, en direct avec son destin, avec son destin sans le boulot pour faire barrage, nonobstant, quand on est dans la voiture et que défilent les bouleaux, c’est une bonne opportunité d’être avec son destin, même que c’est un gros boulot d’être avec son destin, cependant qu’en hiver on passe souvent les essuie-glaces.
Le canal de Nantes à Brest
Bien, bien, bien, qu’on se le dise et se le redise, le Canal de Nantes à Brest s’appelle le Canal de Nantes à Brest, s’appelle le Canal de Nantes à Brest quel que soit le sens où on le prend, qu’on le prenne de Nantes à Brest ou de Brest à Nantes il s’appelle le Canal de Nantes à Brest, ça, tout le monde vous le dira, même les trois ânes de Françoise qui habitent le bord du canal le savent pertinemment, c’est dire, c’est comme le radar, le radar quel que soit le sens où on le prend c’est le radar, c’est comme rêver, c’est comme Eve, ah là là ! rêver de Eve sur le Canal de Nantes à Brest dans un sens et l’autre sens sans qu’aucun radar ne nous verbalise le moins du monde à cause de l’amour !
Le car scolaire
Depuis la hauteur quatre mètres et la longueur dix mètres et l’énormité onze tonnes du car scolaire, on domine bien très bien les autos et les vaches, on est des grands alors, des costauds aussi, même si hauts comme trois pommes on est plus grands que la Céquatre, plus grands que Guimauve et plus forts que le maître ou le professeur ou la maman ou le papa, ça fait du bien aux neurones, et de connexions neuronales en connexions sentimentales, ça fait du bien à la vie qui tout de même s’y entend dix fois plutôt qu’une à nous faire des vacheries avec ses tables de multiplications, ses tables de la loi et ses tables avec des tripes à la mode de Caen.
Le musée de l’imprimerie
Quand c’est que le Balzac se cassait la tête à écrire A l’époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l’encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de province*, pas que lui à se la casser la tête, le typographe idem, le typographe un type ô combien agile devant sa casse à composer, un type qui a treize bras à la douzaine et qui vous écrit anticonstitutionnellement avant que vous ayez le temps de le dire, le roi du Gill, du Vendôme et de l’Univers, le maestro de la justification, le maître en son royaume de petites figurines de plomb.
*Les illusions perdues
Les yeux
Il s’agit de se nettoyer les yeux, cornée et pupille et cristallin et nerf optique et souvenirs juste derrière et soi-même juste derrière, afin de voir le paysage d’ici maintenant là sous nos yeux, que cela fasse motus et bouche cousue les yeux, qu’ils voient muettement sans que ceci ou cela vienne et parle, se superpose, s’associe, s’amalgame et ramène ceci ou cela et nous voilà ailleurs, yeux neutres, yeux tels le parebrise et l’essuie-glace et le lave-glace, pas de rétro, non, non, pas de rétro, pas de Radio Nostalgie qui nous raconte quoi derrière et pas de 107 point 7 qui nous dit quoi devant, le présent, juste, seulement le présent et les yeux dans les yeux du paysage.
L’arobase
Non, non, non, il n’est né ni de la dernière pluie ni du dernier PC ou Mac, l’arobase, le @, le caractère typographique formé d’un aécrit en minuscule dont la patte du coin bas droit est prolongée jusqu’à faire le tour de la lettre dans le sens contraire des aiguille d’une montre en revenant au coin bas droit, le @ existe depuis belle lurette là en bas à droite dans la casse du typographe, queue de singe ou trompe d’éléphant ou bâton de cannelle ou mesure espagnole ou ar-roubarabe ou fusion par les moines copiste du aet du dafin d’écrire le adlatin, vers, le @ venu d’un très vieux temps où l’on cachetait les lettres à la cire rouge et où volaient les pigeons voyageurs.
Gribouillis
Oui, ici, céans, en ce lieu, maintenant, en cette date, heure, minute, seconde, zéro gribouillis, nul gribouillage, aucun barbouillage, ne pas, non, ne pas, avoir la main sûre, trouver le bon verbe, le tracer fermement, nettement clairement, ne pas brouiller l’image, ne pas tordre les sons, et finalement fatalement ne pas laisser le paysage tout là-bas au fin fond de sa solitude tout petit et tout abandonné, tout très mal narré qu’il serait, conté en brouillon, rapporté en cacophonie, couvert de gribouillis, ne pas, non, ne pas, suspendre geste et respiration jusqu’à ce que, attendre et guetter et tendre l’oreille jusqu’à ce que.
Le même pas le même
Et pour tout un chacun ici, le paysage est dans la tête et dans les yeux, chacun son paysage le même pas le même que celui du voisin, pour tout un chacun le ciel est dans la fenêtre, les fleurs et les vaches sont dans les prés, les maisons dans la prairie ou sur le bord de la route, cependant que ce n’est pas le même ciel, pas la même vache, la même maison, le même bord de route, chacun a ses yeux en propre, chacun a sa vie en soi, chacun sa vie dans le noir ou dans les flonflons, dans les petites ou grandes choses, les amères ou les sucrées, tout cela qui vous taille un paysage sur mesure perso, vous fait une géographie de l’intime, une carte toute pleine de nos murmures.
Blain Blain Blain
Et ici au pays de Blain, c’est Blain par-ci et Blain par-là, c’est Blain ici, et là c’est Blain, et là aussi c’est Blain, c’est très Blain, très très Blain, c’est Blain comme tout, c’est tout Blain, c’est Blain Blain Blain, c’est parfaitement Blain, Blain sûr que c’est tout ce qu’il y a de Blain, oui, oui, rien à redire c’est Blain d’Est en Ouest et du Nord au Sud c’est tout Blain, très Blain, très très Blain, c’est simple, très simple, tous les gens sont Blain et tous les arbres aussi sont Blain, toutes les rues, toutes les routes départementales, tous les clochers et toutes les fleurs sont tout ce qu’il y a de parfaitement et d’absolument Blain, oui, oui, non, non, rien à redire c’est Blain Blain Blain.
L’Audomarois
Ici c’est tout en petites lampes, tabourets hauts, bois aux murs et pas langue de bois, et la musique est bonne, est bonne dans les enceintes et en direct, c’est que la musique n’est pas qu’en boîte elle est aussi en chair et en os, c’est que la vie ici n’est pas en boîte non plus, elle est en chair et en os et nerfs, oui, oui la vie a du nerf ici, c’est qu’elle s’organise, résiste, débat, invente, s’invite, et ça tricote de la langue et tricote pour de vrai le dimanche, et ça mange et ça échange des livres, souffle sur son café, souffle dans les bronches, et ça remet les pendules à l’heure, et ça rit, oui, ça rit à gorge déployée devant les avions qui s’en vont de Notre-Dame-Des-Landes.
L’église de Saint-Omer
Et donc récapitulons, récapitulons, récapitulons : les églises sont là pour accueillir les ouailles qui sont là pour recueillir les messages de Dieu et pour lui en envoyer, amen, d’où l’utilité du clocher, espèce de grande antenne, manière de perche radio, genre de Silicon Valley, or à Saint-Omer, fier clocher en béton armé, il est clair qu’on ne se contente pas d’envoyer des messages mais qu’on envoie aussi des fusées dans les cieux, c’est plus sûr, plus pratique et plus radical, comme ça on est sûr de monter direct au paradis pour remettre en mains propres au Bon Dieu soit ses propres propos soit son propre corps, voilà ce que j’ai à te dire, Dieu, voilà ma dépouille, Dieu, amen.
Lady Lydie
Fut un temps il n’y a pas long longtemps où Lydie était là, Lady Lydie était là et ses lettres d’amour étaient là, ses plus jolies lettres d’amour étaient là, elle tenait un stand une fois l’an à la fête du pain, on y venait de 7 à 107 ans y écrire sa plus jolie lettre d’amour à un homme, une femme, un enfant, un animal, il y avait plumes d’oies et encres parfumées, les gens venaient, écrivaient, s’appliquaient, mettaient du cœur à l’ouvrage et leur cœur sur le papier, le soir un jury donnait des prix, de gros pains afin de nourrir les plus jolis cœurs d’artichaut, les plus beaux cœurs sur la main, les plus simples cœurs simples, Lady Lydie souriait puis le soleil se couchait dans un lit parfumé.
N2DL
N2DL, Notre-Dame-des-Landes, c’est fini / on n’y reviendra plus / et dire que c’était la ville / de tous mes combats / N2DL c’est fini / je ne crois pas que j’y retournerai un jour / et cela c’est tristesse, non, pas tristesse, joie, oui oui joie et fierté aussi, et deuil aussi, oui deuil aussi, une manière de deuil, pas que c’était un être cher N2DL, mais c’était un cher combat, et quoi faire maintenant ? hein, quoi faire maintenant qu’on n’a plus de tracts dans les mains, plus de débats, plus de CRS à repousser, plus de film Je lutte donc je suis, c’est ça, maintenant que je ne lutte plus, qui je suis ? avec qui je suis ? qu’est-ce que je suis et qui me mène gaillardement par le bout des idées ?
Guimauve la vache
Et la vache notre vache d’ici n’est pas la vache avec boucles d’oreilles, toute fardée de rouge peau rouge et qui rit, non, la vache notre vache d’ici s’appelle, se petit-nomme Guimauve, et puis ses pis sont faits pour alimenter directement des pots de yaourt, arôme naturel 95 % de fraise, caramel beurre salé, et puis petit ajout de streptococcus thermophiluset de lactobacillus bulgaricus, suite à quoi une bonne vieillepasteurisation à la Nicolas Appert et Patience ! Avec le temps, l’herbe devient du lait comme disent les Chinois, tandis que mon copain Manu dit Tout ce qui a trait à mes vaches m’émeut, tandis que moi Guimauve je dis Oh Manu ! Tu me fais tourner la tête.
Zézette
Et il y a Zézette la biche, était Zézette la biche et est toujours Zézette, Zézette la biche, elle habitait au début à La Magdeleine, elle avait été adoptée quand elle était toute petite par les vaches et puis quand elle a été un peu plus grande elle a migré, elle est allée un peu plus haut chez Jo et puis dans la journée elle était du côté gauche de la route avec le bouc et puis quand c’était le soir et qu’il fallait rentrer parce qu’il faisait froid, Jo allait chercher Zézette, il la faisait traverser, et puis après elle traversait toute la maison et allait s’endormir sur la paille, c’était comme ça tous les jours, faut pas que tu restes dehors tu attraperais un chaudeur faïdi, lui disait alors Jo.
Les arbres en la chapelle
Calme, grand calme, grand beau calme, pas de ce calme d’avant la tempête, non, calme avant le calme et calme après le calme, calme, tout est calme ici où poussent des arbres en la chapelle, dans l’ombre, dans la clarté des arbres, les soucis se taisent peu à peu, la pluie s’éloigne, s’en va le froid, la tête se baisse un peu alors que les pensées, les belles pensées relèvent la tête, et les arbres sont là, qui poussent à l’endroit, qui poussent à l’envers et fleurissent en hiver et donnent l’orange à Noël, et le miracle ? le miracle, cette lumière au fond des yeux, non pas l’antique larme de l’encens bleu, non pas, mais la lumière du calme, grand beau calme.
La chapelière
Le temps, le temps qu’il fait, le temps qui va, le temps qui s’en va, le très vieux temps et le temps nouveau et le temps comme arrêté chez la chapelière, le chapeau cloche, le bibi, le béret en laine tricoté jersey, le canotier, la capeline Panama avec ou sans galon, le serre-tête de cérémonie, le stetson, le béret, la casquette bombée, la casquette plate, le borsalino véritable borsalino, et la tête, la tête dans le chaud des chapeaux, comme en un jardin endormi qu’aiment le soleil et la lune, et dans le jardin les jouets sont là et les outils ne sont pas abandonnés et les rêves font frissonner les herbes qui jamais ne sont mauvaises comme les cauchemars le sont.
Bateaux
Tout là-bas, tout au bout d’un bout de campagne on entend le vent, et ce vent est moins le vent d’ici que le vent des grands océans, de même l’étoile qui brille toute illuminée d’embruns, et cette rumeur que l’on entend est bien celle du grand grand large, c’est qu’ici poussent des bateaux, les grands navires des hauts lieux des mers du monde, les hautes et larges voiles des horizons, c’est Christian le géant qui du bout de ses doigts agiles soulève et pose les mâts, la quille, la bôme, la barre de flèche, le winch, la voile à corne, la voile latine et à livarde, et ici-même Tabarly et Colas naviguent, naviguent encore, toujours naviguent, passent les caps, chantent à l’équateur.
Le grand débat
Et voilà c’est maintenant le jour, l’heure, le lieu du grand débat, du grand déballage des petites et grandes idées, des petites et grandes envies, des petites et grandes frustrations ou souffrances, on vient en pull en jacquard, on vient en chemise, en fauteuil roulant, en espérant, en maugréant, en se disant que ou que ou que, on a une chaise, on a un bout de table, on prend des notes au crayon, on parle beaucoup avec peu de voix, c’est qu’un grand débat c’est grand, c’est qu’un grand débat c’est imposant, c’est que c’est chose sérieuse un grand débat, c’est que ce sont sujets des spécialistes qui ont la voix forte et assurée et pleine de vocabulaire.
La fenêtre au soleil
Il y a une fenêtre au soleil de l’après-midi du dimanche, une jaune fenêtre et la vie en rose à y passer tout l’après-midi derrière, on y met la chaise, on y pousse le fauteuil, on y déplie la chaise longue et la fenêtre nous réchauffe, petite halte de la semaine, petite respiration, on se remémore choses et autres, on recompte les petits cailloux Petit Poucet qu’on a semés ces derniers jours, on remonte le courant des jours afin de le redescendre plus aisément, légèrement, gaillardement, on a chaud, le cœur bat lentement, il y a qu’on a pour l’heure rien de mieux à faire que de se consolider les os de la vie, que de se remplir des bonnes vitamines bonne mine du soleil.
Coquille
Et maintenant on ferme la porte et des personnes et autres s’assoient autour de la grande table d’écriture afin de casser tranquillement la coquille des mots afin d’écrire mille et un poèmes avec grâce et avec de la joie qui les habite, mille et un poèmes où les personnes et autres signent de leurs petits noms et qui sont grandes et fameuses et lumineuses merveilles parmi les grandes et lumineuses merveilles et beautés du vaste monde, quelques heures ainsi à écrire, à se soustraire des mouvements de la vie et à mettre en grands mouvements les mots qui vont au vif des choses et des êtres, qui sont le vif des choses et des êtres.
Rébus
Parce que le dessein des vies n’est pas simple tous les jours, parce que les souvenirs se mêlent et nous emmêlent, parce que le présent charge tête baissée et nous avec, il n’est ni simple ni aisé de s’arrêter et d’écouter l’oiseau, chant lointain de l’innocence ? voix ravie qui dit le bonheur d’être, d’être là ? inventaire des minces trésors du jour ? voix qui ne renonce pas à la joie ? dialogue ? monologue ? nous sommes devant un rébus dont nous ne savons déchiffrer et joindre les trilles, les notes, les intervalles, sourds, incompétents et analphabètes que nous sommes de cette parole-là qui avance entre les peupliers, parcourt le champ, s’en va au-dessus du ruisseau.
Signe
Un paysage est-il un paysage, juste un paysage, ou un paysage est-il un ensemble de signes ? un paysage n’est pas qu’un paysage, il est aussi un ensemble de signes, signes d’un très vieux temps, signes d’un vieux temps ou d’un temps d’il n’y a pas longtemps, on voit des arbres et ces arbres sont aussi une histoire, tandis que leurs ombres n’écrivent pas soirmais love, on voit des jours qui se rallongent et c’est aussi un peu d’appétit qui s’avance sur le chemin, on voit l’eau couler dans le canal et elle est tel un chat qui ne compte pas ses vies ou elle est telle une personne qui a le mal du pays, ou telle une personne qui rêve de ne plus bouger ses doigts sur la table de la cuisine.
Courage
Le courage, parlons-en, le courage, la vaillance des plantes et leur ténacité, la lutte pour la vie dans toutes les contrariétés, non pas le farniente des poésies qui racontent un soi-disant sommeil et un soi-disant repos tout le long de l’hiver, mais un repli sur soi, une concentration afin de tenir face au vent et au gel, au noir et à la foudre, à la solitude et aux étoiles absentes, les forces qu’il faut, les désirs de continuer que cela nécessite, on dit les plantes sages et civilisées, elles sont sauvages et indomptées, elles se défendent bec et ongles, elles tuent l’agresseur, creusent la nuit afin de revenir au grand jour, afin d’encore une fois poser leur tête sur le premier rayon de l’aube.
Déshydraté
Sans doute est-ce science et patience, le paysage ne prend pas ses jambes à son cou, jamais il ne se jette à l’eau ni ne se pend à la plus haute étoile, il résiste comme il a résisté dans des passés cruels, discret, délicat et humble il persiste malgré les souvenirs, toujours prompte à sourire, sans cesse leste à ravir, apaiser, bercer, leçon que nous devons apprendre et prendre ? peut-être oui, sans doute non, c’est qu’ici et là le paysage s’interroge, suis-je heureux malgré tout ce soleil ? tout ce désert de silence de pire en pire ne me mine-t-il pas ? c’est que oui, le paysage est tout déshydraté, c’est que oui ce sont moins des lézardes et des fissures que des rides.
La main de l’homme
Bien sûr que l’homme a posé ses mains sur le paysage, ses deux mains, les cinq doigts de ses deux mains partout sur le paysage, les cinq doigts ouverts en grand ou fermement fermés, cependant que l’homme se regardait dans le miroir plus qu’il ne regardait l’arbre et l’herbe, et que tout dès lors lui ressemble, la colline, la forêt, le lac, la pluie, le vent, le soleil, les saisons, que tout soit à son image, que tout soit dompté, soumis, et partout ses larmes, ses larmes de larme, ses larmes de sueur et de sang, ses larmes de joie et de gloire, et paysage absorbe les coups, plie l’échine, cependant que rien n’effacera la route, rien n’empêchera la main de l’homme sur le visage de paysage.
Les chevaux
Et les chevaux de la Chevallerais, ceux qui sont à droite de la petite chapelle quand on est face à la petite chapelle, sont-ils de vrais chevaux, des chevaux qu’on monte, sur lesquels on est des cowboys ou de gentes dames en route pour quelque rendez-vous galant, ou sont-ils des chevaux du syndicat d’initiative, de faux chevaux là pour faire les beaux et pour faire beau afin que La Chevallerais ne porte pas son nom pour des prunes ? on se gratte le frontibus, on doute, c’est que les temps sont troubles de par le monde et que Disney Land guette à tous les coins de rue afin de transformer la terre entière en un vaste parc d’attraction, amusez-vous les gens, musez tout le temps !
Les choucas
Qu’on se le dise, les choucas sont comme le temps, ils passent vite, font des boucles et reviennent, disparaissent puis sont à nouveau là, s’arrêtent, se mettent sur pause, tournent la tête de droite et de gauche puis repartent, sont désormais sur play, et nous, les deux pieds sur le trottoir, nous sommes là à les regarder, les choucas et le temps qui passe, cependant que nous pouvons prendre les rênes du temps alors qu’il nous est impossible d’apprivoiser un choucas ou de le mettre en cage, c’est que le choucas a besoin d’air, a besoin de l’air de sa course, air qui le grise, air qui le porte, de même que notre temps a besoin d’air, de prendre l’air, de se griser à l’air du temps.
Les bibliothèques
Et les bibliothèques, et les livres dans les bibliothèques, et les couvertures des livres sous lesquelles les livres sont bien au chaud et aux doux, et la vie qui est dehors, et les vies qui sont dans la vie, les vies qui sont comme elles sont et qui parfois prennent froid, qui parfois sont de petites ruines et l’espace se réduit et le nord perd le nord, et le nez dans les livres, les nez au chaud et au doux sous les couvertures des livres des bibliothèques, et les bibliothèques sont alors des nids, sont alors des îles, sont des nids sur des îles, et il peut pleuvoir sur les trottoirs et il peut y avoir des marteaux piqueurs qui attaquent les cœurs ou des invasions des gens des impôts.
Les villages
Les villages ne se touchent pas, les villages ont des rivages qui eux se touchent, les villages se rencontrent, les villages se racontent des histoires de leur village, les villages se parlent de leurs clochers, se parlent de leurs sources taries, de leurs grandes heures et parfois de leurs petites heures, c’est que les villages se souviennent en même temps que les villages avancent, et même si les villages n’ont plus de cartes-postales de leur village ils écrivent, écrivent, écrivent des nouvelles du village, des nouvelles anciennes et des nouvelles d’aujourd’hui, le petit chien est mort, les hirondelles arrivent, il faudrait qu’il pleuve, hier soir Molière est venu chez nous.
Boum !
Parfois on lâche les gens dans les prés, alors les gens ils courent dans tous les sens, ou alors ils dansent, c’est beau à voir, c’est beau ce bazar à voir, et puis parfois Boum ! il y a un boum ! on entend ce boum ! et aussi on le voit ce boum ! c’est que ce boum ! fait tomber les gens qui couraient dans tous les sens et aussi fait tomber les gens qui dansaient, c’est un curieux boum ! c’est que ce boum ! il n’y a pas les chiens de chasse qui le précèdent ou le succèdent, non, ce boum ! est un boum ! et un point c’est tout, de leur côté les gens qui tombent font crac ! font crac et un point c’est tout, ensuite tous ceux qui n’ont pas fait crac ! s’en vont et ne reste que les près qui eux ne font rien.
L’hyper chien
Oh le chien, oh le chien moderne que voilà, c’est que ce chien non content de parcourir les rues et les champs, de renverser les poubelles et de compisser le réverbère dernier cri, va à Hyper U et attend devant Hyper U, hyper chien que ce chien qui n’attend pas attaché à une laisse cadenassée à un poteau lui-même attaché à son destin de poteau, mais attend en faisant les cent pas, un pas, deux pas, trois pas, chien pensif à ses heures de loisir, chien inquiet, oubliera-t-on son Canigou ? chien espérance qui se dit que peut-être aujourd’hui ce sera du Sheba au poulet élevé en plein air, chien, hyper chien réaliste qui se demande et si le roi vient est-ce que la reine sera là ?
Le ciel
Le ciel est en l’air, le ciel est en air, le ciel est au beau temps, le ciel est au mauvais temps, le ciel est à la musique et aux paroles aussi, le ciel n’est pas aux avions, non, non et non le ciel n’est pas aux avions, les hommes de la terre qui sont aussi des hommes du ciel ont repoussé les avions afin que la terre soit au ciel et que le ciel soit à lui-même, et les avions sont partis voir ailleurs, et les avions ne cassent pas en deux la musique et les paroles et le beau temps et le mauvais temps non plus et le cri du chien qui hurle à la lune ou le chant de la grenouille, et l’air du ciel est tranquille peinard à demeurer l’air du ciel et un point c’est tout et pas avec un avion au milieu.
Les reines et cetera
Et ici sont ici des reines et des rois, des princesses et des princes, et pas de coupe de champagne, pas de chevaux attelés, pas de châteaux plus beaux que des châteaux en Espagne ou aux Amériques, non, ici reines et rois, princesses et princes ont des billes dans les poches, et si d’aventure ils font du cheval c’est pour aller cueillir des framboises, c’est que les framboises sont de jolies billes bien meilleures que les billes, et c’est justement pour ça que le monde est beau c’est parce qu’il est bon, et c’est exactement tout leur programme, des framboises à tous les coins de toutes les rues, c’est qu’il est important que le monde soit de plus en plus bon et meilleur bon.
Nick Cave
Nick Cave n’est pas ici et n’a jamais été ici, c’est le genre de choses qui se saurait, de même qu’ici on a jamais prétendu inventer le fil à couper le beurre ou à tenir la Tour Eiffel, de même que personne ici n’a mixé un long morceau de xylophone avec la Symphonie fantastique, d’accord, d’accord, ce qui ne change en rien qu’ici comme ailleurs on ait la trouille de finir dans des clapiers verts et superposés, ceux des futures maisons de retraite, même qu’on aura les dents de devant qui ne cesseront de pousser comme celles des lapins, c’est que le monde avec ou sans Nick Cave, avec ou sans Symphonie est de moins en moins fantastiques par les temps qui courent.
De l’enfance
Quand on regarde doucement et de la pointe des yeux le village, on peut voir parmi les rues un petit quelque chose de préservé de notre enfance, c’est fugitif, c’est mirage plutôt que miracle, pas facile de dire quoi, difficile de dire d’où cela provient exactement, peut-être un peu des toits, de la courbure des ans des toits, plutôt des murs et de leurs fenêtres, petites fenêtres et simples portes, c’est ça, c’est de là que nous parvient le parfum du pain beurre chocolat, presque il y a Cloclo qui chante son lundi au soleil et presque on ne se souvient plus combien font quatre fois neuf, ceci tandis que les douze coups de midi sonnent et que finalement notre appétit est bel et bien cela de l’ogre.
Les fraises Tagada
D’accord, on est d’accord, la vie est belle autant que compliquée et ne tient qu’à un fil, d’accord, on est d’accord, il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage, d’accord, mais tout cela et la vie et le bonheur et la liberté et le courage que sont-ils sans les fraises Tagada ? en vérité pas grand-chose, en vérité des choses moins colorées et moins sucrées et moins délicieuses, c’est bien pourquoi la sagesse populaire veille à ce qu’il y ait des fraises Tagada non seulement un peu partout mais surtout partout, partout dans les épiceries, les boulangeries, les cafés, les supermarchés jusqu’aux fin fonds des campagnes.
Sépia
Et là dans le sépia des cartes-postales, des silhouettes en blouses grises, en sabots et casquettes, autant de personnes qui furent un jeune homme dans le vent, une jeune femme paisible, une dame et sa sœur, un homme et sa bicyclette, un enfant qui ne savait pas déjà qu’il est possible de sourire doucement devant le passé, tous qui savaient que le bruit est un ennemi, de même la guerre, de même la mort, tous bien identiques à nous-mêmes, depuis se sont tus les oiseaux qui les côtoyaient de même qu’eux tous se sont tus, des orages et des soleils sont passés et nous avons toujours les mêmes orages, les soleils les mêmes, les mêmes oiseaux.
Tout tout tout
Il a tout, tout, tout, tout, il a tous les landaus, tous les moules à chocolat, toutes les bouillottes, tous les objets de la naissance au mariage en passant par la communion, tous les fers à repasser, toutes les capsules de toutes les bouteilles, toutes les choses et autres qui entrent dans une salle de classe des années 50, tout, tout, tout, tout ce que le bon Dieu n’a pas fait et que les hommes ont fait il le possède, tout, non pas tout, il n’a pas les armes, pas les armes que les hommes font pour avoir tout ce que les autres hommes ont, non, pas les armes, pas les armes, il n’en est pas question et c’est hors de question, tout ce qui peut entrer dans la belle mémoire des hommes.
Une île
Et ce village est une île, parfois une île, lorsque débordent les trois rivières les habitants ne vont pas au travail, à l’école ne se rendent pas, au ravitaillement ne peuvent aller, les chats doivent se contenter des souris et des musaraignes du coin, les chevaux doivent économiser leur avoine, on peut bien sûr continuer à aller au hasard mais cela tourne vite court et en rond cependant que le clocher continue à sonner l’heure tandis que son écho va loin porté par les eaux, de leur côté les arbres qui étaient dans les chants se retrouvent au bord de miroirs où il leur est maintenant donné de se mirer, comment j’ai grandi depuis la dernière crue, quelle tête j’ai maintenant ?
Les grands chevaux
Les grands chevaux ont une grande maison dans laquelle ils ont leurs chambres avec vue sur les près, ici les hommes sont leurs amis, ils leur apportent petit déjeuner, déjeuner et dîner à heure fixe, les bichonnent, les shampouinent, leur parlent à l’oreille, là les grands chevaux perdent la peur de la nuit qu’ils avaient et la peur de leur ombre aussi, c’est que dans les près les chevaux vivent avec leur ombre qu’ils ont peur de piétiner autant qu’ils craignent que leur ombre ne les dévore, dans la grande maison les grands chevaux ont maintenant tout le temps pour se trouver de nouvelles peurs mais ils n’en trouvent pas, aussi attendent-ils que des ailes leur poussent.
Ruine
Ruine de la maison du bord de route et de son arbre couvert de gui et de ses herbes brûlées au gel, comme si une malédiction touchait ce lambeau de terre, malédiction venue d’en bas plutôt que des très hauts, maladie du cœur des pierres et du bois plutôt que foudre des dieux, nous passons là pourtant, n’annonçant pas Je suis le héros, je suis le toit et ses murs, je suis la lampe et son huile, nous nous taisons résolument tentant de ne pas trop nous charger le cœur, pourtant ne pouvant nous en empêcher, touchant des yeux les murs, nous ne découvrons aucun visage, aucune respiration à la maison, et nous sommes pris d’un vertige, au milieu des vestiges.
Croix
Croix de bois, croix de fer forgé, croix de pierre bleue de Nezay, croix de granit, si je fais des conneries, si péché je commets je vais en enfer, croix de La Fosserie, croix de Gesnay, croix de La Henriais, croix là ou quelqu’un a été tué par la foudre, croix en mémoire d’un soldat mort pendant la guerre, croix pour exaucer une promesse solennelle faite au bon Dieu, croix pour ci et croix pour ça, croix avec Christ tête à droite et même croix avec Christ tête à gauche, croix ici et là, routes toutes pleines de croix, chemins de croix et si je sors de la route je vais en enfer, si je sors de la route je me flanque dans une croix et alors là adieu veaux vaches et moutons.
Printemps
12 mars 19, non, on l’a bien cru mais le printemps n’est pas tout à fait là, le soleil n’a pas déjà perdu de sa froideur de l’hiver et les ombres sont toujours plus grandes que l’arbre, que l’herbe et l’homme, oui, l’anorak est toujours de sortie, se sont toujours les gros godillots qui foulent la terre, les oreilles sont toujours sous le bonnet, la lumière est encore faible même si elle prend des forces en touchant la jonquille, la primevère, le cheval porte toujours sa couverture cependant que le vent se voit mieux dans les feuilles qui reviennent, attendre, il faut encore attendre un peu même si les vœux du corps souhaitent et aimeraient.
Regard
Doucement nousregardons celui qui regarde, que voit-il ? l’accompli, l’impossible ? le fini, le jamais terminé ? rêve-t-il ou possède-t-il déjà tous ses songes ? est-il encore ici ou bien marche-t-il déjà ailleurs ? nous aimerions rayer cent fois ce que nous voyons et voir ce que regarde celui qui regarde, mais nous ne pouvons, quand bien même fermons-nous les yeux les mots remontent toujours en nous barrent le regard et ce que nous voyons est tout gribouillé de nous, de notre mémoire même si elle est vague et au repos et en sourdine, rien ne peut empêcher que partout nous allons avec nous, et jamais nous ne nous déplaçons vraiment, toujours nous restons en nous.
Tout l’alphabet
Cela arrive de vivre sans savoir ni lire ni écrire, et juste écouter, juste voir, seulement s’avancer dans le monde les deux bras tendus en avant de soi, presque comme aveugle, presque comme sourd, presque comme manchot, et le cacher, le cacher le plus possible que l’on ne sait pas l’alphabet, ruser, leurrer, filouter, faire comme si, apprendre par cœur et réciter, ne pas hésiter et faire le geste, puisque cela est une honte que l’on a fort en soi, n’empêche et cependant qu’en soi cela parle avec tout l’alphabet, rêve avec tout l’alphabet, grandit et forcit avec tout l’alphabet, s’enrichit avec tout l’alphabet, des rêves disent Il était une fois, d’autres rêves disent Il est une fois…
La terrasse
Alors voilà que la terrasse du restaurant est vide depuis les derniers beaux jours, et la terrasse se repose, se prélasse la terrasse, elle s’étire et sommeille, elle pluie et soleil, elle est sous les feuilles tombées du tilleul, sous l’escargot et sous la trace que laisse l’escargot, elle est bien comme ça, ça lui va bien et ça lui fait du bien, comme ça elle se fiche bien des semelles du 14 au 44, se fiche comme de l’an 40 du repas d’affaire des affairés, se fiche bien des anniversaires des anniversairés, de ceux qui reçoivent une carte-postale, la déchire en trente-six morceaux qu’il lui jettent à la figure, tranquille la terrasse, peinarde la terrasse, la terrasse qui s’allonge de tout son long sur la terrasse.
Silence
Tout ce qui ne se dit pas, tout ce qui se tait, tout ce qui préfère ne pas, tout ce qui ne peut, tout ce qui n’a pas les mots, tout ce qui est résigné, tout ce qui est retiré, tout ce qui préfère laisser venir la pluie puisque la pluie rince, tout ce qui se retire du temps et se met dans l’hortensia, l’hortensia est proche, l’hortensia est à l’ombre, à la discrétion, au silence, au repli, le mur derrière protège, de là on écoute le bruit du vent, le bruit de l’eau dans l’air, le bruit de l’eau sur la terre, monte un fouillis de parfums, la terre, l’herbe, les feuilles, loin là-bas des formes sombres, juste des formes floues que l’on n’entend pas, c’est bien, juste elles sont là-bas et c’est bien ainsi, bien.
Et et et
Et et et, et la route qui tourne à droite, tourne à gauche, et des tontons, des tatas, des filleuls, et la canne d’un vieux, et les anniversaires avec les gâteaux, et tout ce qui est jaune, blanc, vert, et les chocolats dans les vitrines, et la monnaie que rendent les caissières, et les pages des calendriers, et les graines de tournesol qui attendent, et les cabanes, et la goutte de pluie sur le fil électrique, et l’œuf qui sort du cul de la poule, et la neige qui ne viendra plus, et les oiseaux qui ne sont plus cloués aux portes, et et et, et et et, et et et, et tout cela qui est énorme, plus gros, plus haut qu’une montagne, qu’une grosse et haute montagne.